En période de canicule, certains médicaments peuvent aggraver les perturbations provoquées par une réponse insuffisante ou inadaptée des mécanismes de thermorégulation de l’organisme à la chaleur. De plus, l’exposition de certains médicaments à des températures élevées peut avoir une incidence sur leur conservation et sur leur action. Quels sont les risques et quelles précautions concernant l’utilisation des médicaments pendant la canicule ? On fait le point dans notre article.
Canicule et médicaments : un risque élevé pour les plus fragiles
L’ensemble de la population peut être plus ou moins affecté par les effets néfastes des vagues de chaleur. Les personnes les plus vulnérables sont celles dont l’efficacité des mécanismes de défense de l’organisme contre la chaleur est diminuée ou retardée :
- les personnes âgées ;
- les personnes handicapées ou dépendantes ;
- les jeunes enfants ;
- les personnes obèses ;
- les personnes atteintes de certaines pathologies chroniques : diabète, maladies cardiovasculaires, respiratoires, rénales ou neuropsychiatriques ;
- les personnes présentant une fièvre élevée.
En cas de température élevée, ces personnes fragilisées ont des risques accrus de déshydratation, de coup de chaleur, d’augmentation de leur température corporelle (hyperthermie), d’hypotension ou d’altération de la vigilance, qui peuvent se compliquer avec la prise de certains médicaments.
Canicule et médicaments : les médicaments à risque
De nombreux médicaments sont responsables de l’augmentation des risques liés aux vagues de forte chaleur. Ils peuvent être classés en fonction des effets indésirables qu’ils sont susceptibles de produire (liste non exhaustive) :
- les médicaments aggravant la déshydratation et/ou provoquant des troubles électrolytiques : diurétiques, laxatifs ;
- les médicaments susceptibles d’altérer la fonction rénale : aspirine (> 500 mg/jour), anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), certains antibiotiques, antiviraux, antidiabétiques, antihypertenseurs, immunosuppresseurs, médicaments néphrotoxiques… ;
- les médicaments dont la distribution ou l’élimination est affectée par la déshydratation : sels de lithium, antiarythmiques, digitaliques, antiépileptiques, hypocholestérolémiants, certains hypoglycémiants… ;
- les médicaments pouvant empêcher la perte calorique de l’organisme : neuroleptiques, antidépresseurs, antiparkinsoniens, atropiniques, antihistaminiques, vasoconstricteurs, bêtabloquants, certains bronchodilatateurs… ;
- les médicaments pouvant induire ou aggraver une hyperthermie : neuroleptiques, antidépresseurs, opiacés, hormones thyroïdiennes… ;
- les médicaments aggravant les effets de la chaleur : en abaissant la pression artérielle (antihypertenseurs, anti-angoreux…) ; en agissant sur la vigilance (psychotropes…).
Canicule et médicaments : la conservation des médicaments
La conservation des médicaments dépend des résultats des essais de stabilité auxquels ils sont soumis avant leur autorisation de mise sur le marché. Les conditions de conservation sont inscrites sur le conditionnement de chaque produit.
Pour maintenir la qualité et l’efficacité des médicaments pendant la canicule, certaines précautions de conservation sont importantes. Des recommandations particulières peuvent être faites pour :
- Les médicaments à conserver entre 2 et 8°C (vaccins, insulines…) : ils doivent être conservés dans un réfrigérateur, leur transport nécessite l’utilisation d’un contenant isotherme réfrigéré, et leur utilisation doit se faire assez rapidement après leur exposition à la température ambiante.
- Les médicaments à conserver à une température inférieure à 25 ou à 30°C et les médicaments à conserver à température ambiante : stockés à l’intérieur, ils peuvent supporter les fortes chaleurs pendant quelques semaines, mais ils ne doivent pas être exposés à une température trop élevée (comme celle de l’habitacle d’une voiture en plein soleil). Il est conseillé, par mesure de prudence, de les transporter dans un emballage isotherme non réfrigéré.
- Les formes pharmaceutiques particulières (suppositoires, ovules, crèmes…) : il est préférable de les conserver dans un réfrigérateur. Une altération de leur aspect extérieur est un signe de détérioration de leur qualité qui contre-indique leur utilisation.
- Les médicaments biologiques (insuline, somatropine) qui se conservent hors du réfrigérateur après ouverture à des températures ne dépassant pas 25°C ou 30°C : en cas d’exposition à des températures supérieures, un avis du laboratoire fabricant, dont les coordonnées sont inscrites sur l’emballage et la notice du médicament, est recommandé.
Canicule et médicaments : mesures préventives pour éviter les risques
Si vous suivez un traitement médicamenteux pendant une période de canicule, il est nécessaire de :
- respecter les règles habituelles hygièno-diététiques recommandées : se protéger du soleil et de la chaleur, s’hydrater et se rafraîchir régulièrement ;
- s’informer des risques d’effets secondaires de chaque médicament utilisé : lisez attentivement les notices ou faites-vous aider par un professionnel de santé ;
- surveiller les signes cliniques pouvant indiquer un effet secondaire inhabituel ;
- ne prendre aucun médicament sans avis médical, y compris les médicaments délivrés sans ordonnance ;
- conserver les médicaments dans de bonnes conditions.
Une consultation médicale préventive peut permettre de bénéficier d’un bilan et d’une adaptation éventuelle du traitement en cours.
Un conseil médical est indispensable en cas d’apparition d’un effet inhabituel. Seul le médecin peut décider d’adapter les posologies, de remplacer un médicament ou de suspendre un traitement si besoin.